8 mars 2016

La précarité questionne la réduction des risques

logo Fondation ABS

En Suisse et en particulier à Lausanne, le nombre de personnes confrontées à la grande précarité et au sans-abrisme augmente chaque année. Les structures d'hébergement d'urgence sont très souvent saturées et il n'est malheureusement pas rare que plusieurs personnes soient obligées de dormir dans la rue.

Dans ce contexte, la Fondation ABS a mené trois enquêtes (en 2006, 2008 et 2014) auprès des personnes fréquentant ses infrastructures. Il en ressort qu'en 2006 déjà, 25% de ces personnes ne disposaient pas de logement. En 2008, cette proportion atteignait 40% et qu'en 2014, elle était de près de 50%.

Or, sortir de la rue nécessite très souvent la possibilité de séjourner à moyen terme et d'une manière stable dans un lieu permettant de se préparer à réintégrer un domicile personnel, ce qui n'est malheureusement pas possible aujourd'hui dans les structures d'hébergement d'urgence lausannoises car, comme son nom l'indique, il s'agit de structures d'hébergement d'urgence.
De plus, cette seule mesure ne permettrait pas d'atteindre l'objectif de sortir de la rue. Il faudrait mettre en place un accompagnement social et sanitaire de ces personnes dans un réseau institutionnel parfaitement coordonné.

Cette situation de grande précarité d'une moitié des usager-ère-s des structures de la Fondation ABS requestionne notre mandat de réduction des risques auprès des consommateur-trice-s de drogues. En effet, comment concilier ce mandat qui repose essentiellement sur la responsabilisation de l'usager de drogues vis-à-vis de sa consommation alors que ce dernier est principalement mobilisé par sa survie quotienne? Par survie, il faut entendre ici rechercher quotidiennement de quoi se nourrir, de quoi se loger, de quoi maintenir une hygiène corporelle et vestimentaire satisfaisante et ceci sans parler de la recherche de substances dont il a besoin pour ne pas être en manque ou tout simplement pour supporter cette vie quotienne qui n'a plus de sens.

Régulièrement les usagers nous font part de leur profond désarroi vis-à-vis de leur quotidien et surtout de leur avenir, de leur impuissance face à une société qui les laissent sans perspective. Nombreux sont ceux qui, avant eux, ont cru un jour pouvoir retrouver une vie dite normale en suivant toutes les étapes de la réhabilitation jusque, pour certains, d'avoir compléter ou acquis un métier par le biais d'un apprentissage.
Mais combien sont-ils à être parvenus à se réinsérer socialement et professionnellement malgré ce long processus?

Pourtant, ce n'est pas la qualité de travail de nos institutions sociales et sanitaires qui sont en cause dans ces échecs, mais bien l'amenuisement de la solidarité dans notre société civile. 

En effet quel employeur prendra le risque d'embaucher une personne qui a un trou de plusieurs années dans son CV en lien à son parcours dans la toxicomanie alors que nombre de demandeurs d'emploi ont un parcours de vie tout à fait normal? Quel propriétaire ou gérance de location prendra le risque de louer un logement à cette même personne alors qu'il y a pénurie de logement à loyer modéré?

Pourtant, il existe encore des employeurs, des propriétaires et gérances qui donnent une nouvelle chance à ces personnes qui n'ont pas eu un parcours de vie facile! Malheureusement, ils sont trop peu nombreux par rapport aux besoins!

Néanmoins,  nous tenons ici à les remercier chaleureusement pour leur engagement car il permet de redonner un peu d'espoir à celles et ceux qui n'ont souvent plus. 

Nous remercions également les Autorités politiques lausannoises et cantonales qui nous donnent les moyens financiers de mener à bien nos différents mandats.

L'ensemble de ces acteurs nous permettent de ne pas baisser les bras et de poursuivre notre mission malgré les nombreux défis actuels et à venir.

 
Nicolas Pythoud, Directeur