8 juin 2016

Le projet d'espace de consommation sécurisé est relancé à Lausanne !

Monsieur Oscar Tosato, Directeur du dicastère de l'Enfance, jeunesse et cohésion sociale l'avait annoncé lors de la fête du quinzième anniversaire de la Fondation ABS en juin 2014 sur la place du Vallon : 


La ville de Lausanne doit se doter d'un espace de consommation sécurisé pour compléter son dispositif de réduction des risques afin, d'une part, de contribuer à l'amélioration de l'état de santé des personnes consommatrices de drogues et, d'autre part, de diminuer les nuisances liées aux consommations de drogues dans l'espace public  !
Cette annonce, qui était passée quasiment inaperçu en juin 2014, vient de faire la "une" de la presse locale suite à la conférence de presse (1organisée par la Municipalité afin de présenter son nouveau rapport-prévis le lundi 6 juin 2016  intitulé "Politique communale en matière de drogues 2016/41" (2).

Suite à cette conférence de presse, la polémique n'a cessé d'enfler sur les réseaux sociaux ainsi que sur les sites de la presse quotidienne qui ont relayé cette information. Les antis et les pros "espace de consommation" s'en donnent à cœur-joie et chacun y défend son point de vue plus ou moins objectivement. 

Mais qu'est-ce donc un espace de consommation sécurisée ?
Afin d'alimenter la réflexion citoyenne, la Fondation ABS vous propose de répondre aux 10 principales que tout un chacun peut se poser :

1. De quoi s'agit-il ?
Les espaces de consommation sécurisés sont des structures gérées par des professionnels qui permettent à des usagers de drogues de consommer ces substances dans des conditions beaucoup moins dangereuses que dans la rue ou dans des lieux privés.

2. A qui s'adressent-ils ?
Ces structures s'adressent en priorité aux usagers de drogues qui sont difficiles à rejoindre et/ou qui sont dans une phase de prise de risque élevée.

3. Avec quels objectifs ?
Le premier objectif est de réduire les maladies et les décès en mettant à disposition un environnement et du matériel qui réduit les risques. Un autre objectif est de faire diminuer l'usage de drogue dans les lieux publics et de réduire ainsi certaines nuisances publiques. Finalement, il s'agit de favoriser l'accès des usagers à d'autres services sociaux et de santé, notamment les traitements.

4. La drogue est-elle fournie aux usagers ?
Non, jamais. Les usagers achètent leur drogue sur le marché noir. La seule différence est que, au lieu de consommer dans un lieu privé ou dans la rue, ils le font dans un espace sécurisé. Une tolérance pour un petit marché de drogues entre usagers (micro deal) peut accompagner l'ECS dans le but de résoudre certains problèmes d'ordre public.

5. Lausanne est-elle la première ville à mettre en place un ECS ?
Non, le premier a été mis en place il y a déjà trente ans à Berne. Il en existe aujourd'hui près d'une centaine dans le monde en Australie, au Canada, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Norvège, au Luxembourg, en Espagne, au Danemark et en Suisse, où l'on en compte une douzaine dans huit villes. Lausanne est la dernière des cinq plus grandes villes de Suisse à ne pas disposer d'une telle structure. D'autres pays, comme la France, s'apprêtent à mettre en place des ECS.

6. L'ECS encourage-t-il la consommation de drogues ?
Il n'existe aucun indice montrant que ce type de structures conduise à une augmentation de la consommation de drogues au niveau de la population. La thèse que la mise en place d'un ECS envoie un "mauvais message" aux usagers de drogue ou plus largement aux jeunes n'a jamais eu de confirmation dans les données. Ceux qui ont visité de telles structures savent d'ailleurs très bien qu’elles n’ont rien d'attractif ou d'incitatif.

7. L'ECS diminue-t-il vraiment les risques ?
Si des overdoses devaient avoir lieu à l'intérieur des ECS, elles ne seraient presque jamais fatales en raison de l'intervention de personnel formé pour ce genre de situation, au contraire des celles qui ont lieu dans la rue ou dans des lieux privés. Une baisse de la mortalité chez les usagers qui fréquentent ces structures par rapport à ceux qui ne le font pas a été observée en Allemagne et au Canada. Le fait de toujours utiliser du matériel de consommation stérile contribue aussi à réduire les risques liés à la transmission du VIH et des hépatites, et constitue une mesure éducative dont les effets se prolongent en dehors des ECS. Finalement, les usagers de ces structures ont accès à des soins et à d'autres services (repas, lessive, conseil, petits jobs, etc.) qui leur permettent de rester en santé.

8. Cela ne coûte-t-il pas trop cher ?
Créer et faire fonctionner des ECS coûte de l'argent mais ils viennent en aide à des personnes qui sont malades et qui en ont besoin. Ils permettent aussi de réduire la transmission de maladies dont les traitements coûtent souvent très chers. La réduction des problèmes d'ordre public permet aussi de réduire les coûts de travail de la police.

9. Ne ferait-on pas mieux d'investir cet argent ailleurs, par exemple dans des places de traitement ou dans le travail de la police ?
Les traitements liés à la toxicomanie sont relativement facilement accessibles en Suisse. Le problème est que la dépendance est une maladie chronique associée à de nombreuses rechutes. C'est là où les ECS jouent un rôle essentiel en permettant aux usagers de rester en vie et en santé, et ainsi leur permettre de reprendre un traitement pas la suite.
Les polices municipales et cantonale luttent activement contre le marché des stupéfiants et font des saisies importantes. Mais les policiers connaissent aussi la persistance de ce marché qui n'a presque jamais de pénuries, à Lausanne ou dans d'autres villes suisses. Augmenter les ressources des forces de l'ordre permettrait donc sans doute d'accroître les saisies mais pas de réduire les décès et la transmission des maladies chez les usagers de drogue.

10. A quoi une telle structure peut-elle bien ressembler ?
Voici deux petits films en français et anglais/espagnol qui présentent de telles structures :

www.youtube.com/watch?v=ui4yRbM63Xw 
www.emcdda.europa.eu/topics/pods/drug-consumption-rooms

(1) Communiqué de presse du 6.06.2016 de la Municipalité 


(2) Rapport-préavis Politique communale en matière de drogue 2016/41