3 oct. 2016

A peine relancé, le projet d'espace de consommation sécurisé lausannois est menacé par un référendum !

Comme vous avez pu le lire sur le site de la RTS (1), l’association romande contre la drogue (ARCD) a annoncé samedi 3 octobre 2016 le lancement d'un référendum si le Conseil communal lausannois accepte le rapport-préavis proposé par la Municipalité concernant l'ouverture d'un espace de consommation sécurisé à Lausanne (2).
Si l'annonce d'un référendum par cette association n'est pas étonnante en soi, elle a tout de même de quoi surprendre dans sa temporalité. En effet, la commission du Conseil communal nommé cet été pour étudier ce rapport-préavis vient de commencer son travail. Au programme de cette commission, différentes visites de locaux de consommation et structures de traitement de la toxicomanie ont été prévues dans un premier temps. Dans un second temps, cette commission procédera à l'audition de différents experts concernant la pertinence et la faisabilité d'un tel projet. A l'issue de ce processus, cette commission rendra un rapport au conseil communal afin que ce dernier puisse, par la suite, se prononcer en toute connaissance de cause.
Or, l'ARDC n'a pas attendu la fin de cette procédure afin d'annoncer son intention de lancer un éventuel référendum ! Cela signifie que cette dernière s'est déjà forgée son opinion sur le sujet avant d'en étudier les tenants et aboutissants. Il s'agit donc d'une opposition de principe...
Et c'est bien bien là que le bas blesse !
En effet, cette même association avait déjà combattu victorieusement le premier projet d'espace de consommation sécurisé en 2007. Or et après ce refus, nous aurions pu attendre des vainqueurs qu'ils fassent des propositions concrètes pour améliorer la prise en charge des personnes toxicomanes ainsi que des solutions réalistes afin de diminuer les nuisances  causées par  la consommation de drogues dans l'espace public. Mais, aucune proposition n'a été faite en dix ans et la situation n'a fait que d'empirer comme l'ont témoigné médiatiquement les habitants et commerçants du centre-ville. Ces derniers sont confrontés quotidiennement au spectacle désolant pour ne pas dire traumatisant de la consommation de drogues dans l'espace public et de son impact négatif sur l'image de la Ville.
Alors, que propose l'ARCD à ces habitants et commerçants pour résoudre ces nuisances ? Rien de nouveau malheureusement !
Or, les vieilles recettes de la politique drogues telles que préconisées par l'ARCD ont toutes démontré leurs limites. Seuls les espaces de consommation sécurisée ont montré une certaine efficacité dans la résolution de cette problématique, à l'image de ce qui s'est passé dans d'autres grandes villes qui se sont dotés de tels locaux en Suisse et dans le monde.
Mais si les espaces de consommation de drogues ne peuvent à eux seuls résoudre l'ensemble des problèmes liés à la consommation de drogues dans l'espace public, ils peuvent néanmoins en diminuer les nuisances comme cela a été démontré dans plusieurs études ! N'en déplaisent à leurs détracteurs.
Et non seulement ils ont permis de diminuer cet impact, mais ils ont également démontré leur bien-fondé dans la prise en charge:des consommateurs les plus marginalisés, d'améliorer l'état de santé de l'ensemble des consommateurs les fréquentant, d'éviter la transmission du SIDA et de l'hépatite C, de diminuer le nombre d'overdose mortelle, etc.
Dès lors, la position dogmatique de l'ARCD est malheureusement irresponsable, tant sur le plan de la prise en charge des consommateurs que sur le plan de la sécurité public !
Aussi, j'ose espérer que l'ARCD reviendra sur sa décision de lancer un référendum contre ce projet municipal et qu'elle s'inscrive ces prochains mois dans une recherche de solutions constructives afin d'améliorer la qualité de vie des consommateurs de drogues, des habitants et des commerçants lausannois.
Mais pour se faire, il sera nécessaire l'ARCD abandonne son positionnement dogmatique au profit d'une approche pragmatique dans la gestion de la consommation de drogues. Cette approche n'est certainement pas parfaite, mais elle a au moins le mérite d'apporter des solutions concrètes pour faire face aux défis que représente la consommation de drogues dans nos sociétés.

Nicolas Pythoud, Directeur


(1) http://www.rts.ch/info/regions/vaud/8058394-le-futur-local-d-injection-de-lausanne-deja-menace-par-un-referendum.html

(2) http://www.rts.ch/info/regions/vaud/7781556-la-ville-de-lausanne-entend-ouvrir-un-local-d-injection-de-drogue-securise.html